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Brouillage et leurrage GNSS : quand une hypothèse finit par devenir... un fait

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Ces derniers jours, les publications sur le brouillage et le leurrage GNSS — et en particulier GPS — se sont multipliées.

Cela m’amène à revenir sur un cas souvent cité dans des rapports publics ou privés, français ou internationaux, et encore très récemment : la collision survenue au large d’Oman entre deux navires, qui continue d’être mentionnée comme un exemple de collision « liée » au leurrage GPS.

Ce qui m’interpelle n’est pas l’hypothèse elle-même.
Les interférences GNSS dans cette région sont documentées et ne sont pas un phénomène nouveau. Elles méritent évidemment d’être prises au sérieux.

Ce qui pose davantage question est la manière dont certaines affirmations semblent circuler et se renforcer au fil des reprises.

On observe souvent une dynamique assez classique :

  • un rapport évoque une hypothèse, sans détailler clairement ses sources ni sa méthode d’analyse ;
  • cette hypothèse est ensuite reprise ailleurs, parfois avec des formulations plus affirmatives (« suspecté », « selon des experts », voire « certainement ») ;
  • au fil des citations successives, elle finit par être perçue comme un fait établi ;
  • les réanalyses a posteriori restent rares.

Sur LinkedIn et ailleurs, cette dynamique est probablement amplifiée par les algorithmes. Elle est aussi liée à une contrainte très simple : nous n’avons pas tous le temps de vérifier chaque source et chaque incident en profondeur, moi le premier.

Dans le cas précis de cette collision, certaines informations publiques suggèrent effectivement qu’un des navires concernés aurait subi des anomalies GNSS environ 24 heures auparavant.

En revanche, à partir des données cinématiques accessibles publiquement, je ne vois pas d’élément permettant d’établir qu’une interférence électromagnétique ait joué un rôle direct au moment de la collision elle-même.

Cela ne signifie évidemment pas que l’hypothèse doit être exclue.

Mais établir un lien de causalité entre une interférence GNSS et une collision nécessite normalement une analyse documentée : reconstruction de trajectoire, étude du CPA, chronologie des manœuvres, contexte opérationnel et application des COLREG.

À ma connaissance, aucune analyse technique publique détaillée n’a encore été présentée démontrant ce lien dans ce cas précis.

Il faudra donc attendre le rapport d’enquête. Cela prendra du temps, mais c’est généralement la manière la plus saine d’établir les faits.

L’objectif de ce billet n’est donc pas de trancher la cause de cet accident, mais simplement de rappeler un point méthodologique : lorsqu’une hypothèse circule sans que sa méthode d’analyse soit clairement exposée, elle peut rapidement se transformer — par simple effet de reprise — en « fait » largement admis.

Si quelqu’un dispose d’une analyse technique sourcée et détaillée sur cet événement permettant de conclure à une interférence GPS comme cause de la collision, je serais évidemment très intéressé de la lire.

Sources

Joshua Minchin — Tankers collide in Strait of Hormuz – Updated: Navigational errors most likely cause of casualty; unlikely to be linked to the wider regional conflict, Lloyd’s List

Mon analyse précédente : https://cybermaretique.fr/collision-maritime-leurrage-gnss-attendre-rapport/