Le secteur maritime : un pilier mondial souvent invisible
L’idée de ce court article n’est pas de dresser un portrait exhaustif du secteur maritime — l’exercice serait trop long tant le domaine est vaste et passionnant — mais de rappeler quelques ordres de grandeur et informations-clés d’un milieu encore trop souvent méconnu.
À l’échelle mondiale, la mer est omniprésente. Elle recouvre 71 % de la surface de la Terre, et 95 % des communications mondiales transitent par des câbles sous-marins. Sur le plan commercial, 90 % des marchandises échangées dans le monde passent par la voie maritime.
Le transport d’hydrocarbures illustre parfaitement cette dépendance : 60 % du brut mondial échangé transite par la mer. Pour la France, cette part atteint même 90 %. Au-delà des flux, la mer concentre aussi des ressources stratégiques — gaz, pétrole, ressources halieutiques — susceptibles de générer des tensions géopolitiques, comme on l’observe aujourd’hui dans certaines zones maritimes disputées.
Enfin, l’espace maritime est aussi un lieu de drames humains et de risques sécuritaires : crise migratoire en Méditerranée, actes de piraterie toujours présents au large de la corne de l’Afrique ou dans le golfe de Guinée. Un clin d’œil sémantique rappelle d’ailleurs que le mot « pirate », utilisé dans l’expression pirate informatique, vient d’abord… de la mer.

Le maritime à l’échelle européenne : une artère commerciale vitale
À l’échelle européenne, le constat est tout aussi frappant. Plus de 52 % du trafic de marchandises échangées en Europe transite par la voie maritime, soit environ 10 milliards de tonnes transportées en 2016, en hausse de 210 % depuis les années 2000.
Les activités maritimes représentent au total entre 3 et 5 % du PIB européen (hors matières premières). De nombreux échanges sont essentiels pour l’approvisionnement du continent — et de la France en particulier — en matières premières stratégiques : cobalt, or, platinoïdes, cuivre, aluminium, nickel, terres rares…
Le maritime constitue ainsi une colonne vertébrale discrète mais indispensable de l’économie européenne.

La France, puissance maritime qui s’ignore
Bien que petit hexagone sur la carte du monde, la France est un pays paradoxalement très maritime. Elle dispose de 7 000 km de littoral et, avec une zone économique exclusive de 11 millions de km², elle possède le deuxième domaine maritime mondial, derrière les États-Unis et devant l’Australie. Cette importance s’explique notamment par le nombre de territoires ultramarins, qui étendent la présence française sur tous les océans.
Le secteur maritime représente environ 14 % du PIB français. Chaque jour, 150 navires transitent par le rail d’Ouessant, soit plus de 50 000 par an. Ils transportent des conteneurs, du vrac, des matières dangereuses, mais aussi des passagers.
La France compte de nombreux ports, souvent spécialisés : ports à passagers, à conteneurs, de vrac, de pêche, de réparation navale, ports militaires, sans oublier l’hinterland, qui prolonge l’activité maritime à l’intérieur des terres (raffineries, industries de transformation, logistique).

Une évidence trop souvent oubliée
On le voit : la France est un pays profondément maritime… mais qui s’ignore encore largement. Une majorité de Français reste tournée vers la terre et ne perçoit la mer qu’au prisme des vacances estivales. Ce constat, souvent dressé par les acteurs du secteur, alimente le sentiment d’un manque d’ambition maritime.
Pourtant, la France conserve de véritables pépites : chantiers navals, armateurs, croisiéristes, ports, industrie militaire. Il est donc utile — et parfois nécessaire — de rappeler l’importance de la mer dans notre confort quotidien.
Pour s’en convaincre, il suffit souvent de regarder autour de soi, ou dans son assiette : il y a de grandes chances que le matériel électronique que vous utilisez, comme le PC sur lequel j’écris ces lignes, ait transité par la voie maritime avant d’arriver jusqu’à vous. Cela ne fait jamais de mal de le rappeler.