Quand la revue Marine Technology, Ocean Development and the Law of the Sea s'intéresse à la cybersécurité maritime, aux risques liés au GNSS et aux aux navires autonomes
L’ouvrage collectif Marine Technology, Ocean Development and the Law of the Sea (2026), disponible en accès libre, consacre une place importante aux questions numériques, avec de nombreuses occurrences du terme “cyber” et plusieurs chapitres dédiés plus généralement à la sécurité des systèmes maritimes.
GNSS, brouillage et leurrage : un risque explicitement documenté
Le chapitre consacré à la cybersécurité maritime décrit de manière précise les menaces pesant sur les systèmes GNSS. Il rappelle que les attaques associées (leurrage, brouillage) peuvent conduire à une perte de position fiable et à des erreurs de navigation, affectant directement la sécurité maritime. Il souligne également que les utilisateurs doivent “planifier” (au moins anticiper !) “les perturbations potentielles du GPS, authentifier la fiabilité des données reçues et envisager des sources alternatives de positionnement” (chapitre cyber, p. 278–280).
Parmi les mesures évoquées figurent l’utilisation de systèmes inertiels, d’antennes adaptatives, de filtres de réception et la formation des équipages à des scénarios de perte GNSS.
“Cyberworthiness” : une extension du concept de seaworthiness
L’un des apports les plus intéressants concerne l’évolution du concept juridique de navigabilité.
Dans le contexte des navires autonomes, l’ouvrage introduit explicitement la notion de “cyberworthiness”, définie comme la capacité d’un navire à résister aux risques cyber et à garantir l’intégrité de ses systèmes numériques.
Le texte indique que “two new categories of seaworthiness are proposed (…) communication worthiness and cyberworthiness”, cette dernière évaluant “the efficiency and quality of measures taken” pour faire face aux menaces cyber (chapitre sur les navires autonomes, p. 363–365).
Cette évolution marque un glissement important : la navigabilité ne se limite plus à l’état physique du navire, mais inclut désormais ses systèmes numériques et leur résilience.
Navires autonomes et systèmes téléopérés
Le même chapitre examine le développement des navires autonomes et téléopérés, ainsi que les implications juridiques associées. Il rappelle, s’il en était besoin, que ces systèmes reposent fortement sur des architectures numériques, des algorithmes, des communications à distance et des capteurs, ce qui les rend particulièrement exposés aux risques cyber. Les questions de responsabilité, de contrôle et de sécurité sont présentées comme des défis majeurs pour le droit international.
Câbles SMART et infrastructures numériques sous-marines
L’ouvrage traite également des câbles sous-marins, en particulier des “SMART cables” (pour Scientific Monitoring and Reliable Telecommunications et vous aurez compris l’intérêt de l’acronyme).
Ces infrastructures combinent transmission de données et capteurs environnementaux. Le texte met en évidence leur caractère dual, à la fois scientifique et stratégique, et souligne les tensions juridiques entre leur statut de câble de télécommunication et celui d’instrument de recherche scientifique marine (chapitre SMART cables, p. 415–420).
Cette dualité pose des questions en matière de souveraineté, de réglementation et d’accès aux données.
Une évolution du droit de la mer sous contrainte technologique
L’ensemble du volume converge vers un constat clair : les technologies numériques — GNSS, systèmes autonomes, infrastructures de données — modifient en profondeur les équilibres du droit de la mer.
Le droit, historiquement centré sur les navires, territoires et ressources doit désormais intégrer le cyberespace et ses systèmes immatériels, distribués, transverses, multicouches et vulnérables aux menaces cyber.
Pas mal de concepts fondamentaux à revoir, donc, à l’aune du numérique.