Quinze ans d'incidents cyber maritimes en animation
Au 15 octobre 2026, mon jeu de données d’incidentologie cyber maritime, que j’ai constitué depuis plus de six ans, compte 4 622 incidents datés de 2012 à aujourd’hui. Pour voir comment il s’est formé, j’ai fait tourner Gource, un outil libre conçu pour animer l’historique d’un dépôt de code, sur les fiches elles-mêmes.
Chaque point est un incident, placé à la date où il s’est produit et coloré selon son type, dont le déni de service (Denial of Service, DoS) et les rançongiciels. La légende en bas à droite donne les couleurs. Les silhouettes qui circulent représentent la catégorie d’origine, hacktivisme ou cybercriminalité par exemple. Aucun nom de groupe ni de victime n’apparaît.
Par pays victime
Regroupés par pays, les incidents dessinent d’abord une masse américaine : 584 incidents, devant l’Italie (311), l’Allemagne (259), le Royaume-Uni (248) et la France (208). Les 37 pays qui comptent au moins 25 incidents ont leur propre branche. Les 567 incidents des autres sont versés dans une branche « Autres pays ».
L’écran reste clairsemé jusqu’en 2019 : 232 incidents en huit ans. L’année 2023 en compte à elle seule 536.
Par activité
Le même relevé, regroupé par activité, met les ports au centre avec 1 158 incidents, soit un quart du total, devant l’armement (623) et la logistique (452).
Les ports sont surtout touchés par le déni de service : 907 de leurs 1 158 incidents en relèvent, le plus souvent sur la foi d’une revendication. Une revendication ne veut pas dire que le site est tombé, et le poids des ports tient en partie à cette comptabilité.
Par type de menace
Regrouper par type de menace rend ce poids visible. Le déni de service totalise 2 505 incidents, soit 54 % du jeu de données, contre 1 091 pour les rançongiciels.
La couleur du déni de service recouvre l’écran à partir de 2023, année où le total passe de 149 à 536 incidents : 381 de ces 536 relèvent du déni de service. Les campagnes hacktivistes de cette période y pèsent, dont celle contre un écosystème portuaire roumain, et l’année 2026 prolonge la tendance.
Hors déni de service
Retirer le déni de service donne une autre courbe : 2 119 incidents depuis 2012, dont 155 en 2023, 501 en 2025 et 628 depuis janvier 2026. Les rançongiciels y progressent de 38 incidents en 2020 à 301 en 2025, puis 351 cette année.
Les ports perdent ici leur première place. Les victimes de rançongiciels se trouvent d’abord dans l’industrie (258 incidents) et la logistique (194), devant les ports (133). Les cybercriminels sont opportunistes : ils exploitent les accès qu’ils trouvent, quel que soit le secteur.
Rançongiciels seuls
Isolés, les 1 088 incidents de rançongiciel se répartissent sur 20 activités, avec l’industrie et la logistique en tête. La montée est continue depuis 2020.
Déni de service seul
Isolé à son tour, le déni de service compte 2 505 incidents, répartis en 22 branches dont « Autres pays ». Parmi eux, 381 datent de 2023.
Précautions de lecture
Le jeu de données ne recense que des incidents publics ou revendiqués. Il donne une très faible idée de l’activité réelle, dont la plus grande part reste hors de vue. Chaque point porte la date de l’incident. Un incident de 2019 relevé en 2026 apparaît donc en 2019. Les années récentes sont mieux couvertes que les anciennes, ce qui accentue la pente de la fin. Le seuil de 25 incidents pour avoir sa branche est un choix de lisibilité. Enfin, 2026 s’arrête au 15 octobre.