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Cybersécurité maritime et portuaire.

Menaces, vulnérabilités, incidents et réglementation du secteur maritime et portuaire, sous un angle opérationnel nourri par le parcours de l’auteur.

Brouillard électronique : les interférences GNSS au-delà de la passerelle

Cet article est aussi disponible en anglais.

Chaque année, dans le nord de la Norvège, plusieurs agences publiques autorisent quelques jours d’émissions de brouillage et de leurrage GNSS autour de l’île d’Andøya, pour que constructeurs et opérateurs viennent éprouver leurs équipements en conditions réelles. Cet exercice s’appelle le Jammertest [1], et c’est le plus grand du genre ouvert au public. Pendant l’édition 2022, un participant a laissé l’application Strava tourner sur son téléphone au milieu d’un essai de leurrage. Il a publié dans la foulée un record personnel involontaire : 6,44 kilomètres en 5 minutes et 50 secondes, avec 495 mètres de dénivelé positif. Seul hic : son téléphone ne faisait pas partie de l’essai. S’il fallait se rappeler qu’un signal de positionnement falsifié se propage dans tout ce qui contient un récepteur GNSS, c’était une belle démonstration, qui a même trouvé sa place dans un article de recherche [2].

Le navire russe, le câble et... le gisement

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Aujourd’hui, pour changer un peu de la cyber (quoique, on va parler d’IA, de données et de biais), je vous propose de prendre un paquet de pop-corn et de vous installer confortablement. On va parler d’un film. Plus précisément, de deux scénarios. Ça vous tente ? Allez, c’est parti !

Deux scénarios d’un bon film, donc, sur fond d’espionnage et d’opérations en haute mer mais, au fond, une seule histoire (et elle se termine bien).

Premier scénario. Un navire russe, géré par une société sous sanctions américaines, à vitesse lente en plein océan Atlantique, à environ 1 700 kilomètres (920 NM) dans l’est de la Martinique, et qui n’en bouge plus pendant 41 jours. Aucune escale, a priori aucun autre navire rencontré, son transpondeur AIS allumé en permanence, et, d’après certaines cartes de câbles sous-marins, la présence d’une infrastructure sous-marine « critique » à proximité. De là à le qualifier de navire espion, il n’y a qu’un pas, que l’on peut franchir allègrement si on ne prend pas le recul nécessaire.

Second scénario. Le même navire, aux mêmes dates et à la même position, qui réalise une campagne de prospection en parcourant un gisement de sulfures métalliques, avec une cinématique assez irrégulière et typique de ce genre d’opération, à l’intérieur de blocs miniers attribués à la Russie par l’Autorité internationale des fonds marins, à 305 kilomètres (165 NM) du premier câble.

La cybersécurité maritime 2025 en chiffres

Au fil de l’actualité, certains imaginent parfois la menace cyber maritime comme étant exclusivement un risque de navires détournés et de transpondeur AIS trafiqués. En consolidant les incidents de l’année 2025 dans mon propre jeu de données de recherche sur les incidents cyber maritimes, que j’ai constitué lors de mes travaux de doctorat et que je continue à entretenir avec mes propres moyens, j’obtiens une image assez différente, et parfois plus instructive, car basée sur les faits. J’appelle cela de l’incidentologie cyber, non pas pour faire pompeux, mais parce que c’est riche d’enseignements en termes de prévention, de protection et de réaction.

Le nécessaire inventaire

Cet article est aussi disponible en anglais.

Des modems cellulaires ont été montés sur des portiques de quai destinés à des ports américains, pendant leur fabrication en Chine. Les techniciens portuaires les ont vus, les ont pris pour de la télémaintenance, et sont passés à autre chose. Ces modems ne figuraient pourtant dans aucun contrat : l’option de diagnostic à distance à laquelle ils correspondaient avait été refusée à l’achat. Un rapport conjoint de deux commissions de la Chambre des représentants américaine a documenté l’affaire en septembre 2024 [1]. Reliés à des calculateurs Linux embarqués dans les portiques, ces modems créaient, selon les commissions, « une méthode obscure de collecte d’informations et de contournement des pare-feu, susceptible de perturber les opérations portuaires » (ma traduction). Dans un autre port, un modem a été découvert dans la salle serveurs qui héberge le pare-feu et les équipements réseau des portiques, sans que les responsables portuaires puissent expliquer pourquoi il était là [2].

IA, maritime, AIS, interférences GNSS : prendre de la hauteur ?

Un chiffre circule depuis le printemps : plus de 50 % d’augmentation des interférences GNSS. Il sert d’appui à un raisonnement qu’on lit régulièrement sur les réseaux sociaux. Les signaux de positionnement seraient massivement corrompus, la donnée maritime devenue peu fiable, et les systèmes d’intelligence artificielle qu’on nourrit avec produiraient donc des analyses fausses. On y ajoute volontiers une seconde étude, sur la fermeture des données du web à l’entraînement des modèles, pour conclure que la matière première de l’IA se dégrade des deux côtés à la fois.

Sûreté portuaire. Quelques lignes de cyber dans les arrêtés des 29 et 30 juin 2026

Publié au Journal officiel le 2 juillet 2026, l’arrêté du 29 juin 2026 portant diverses dispositions relatives à la sûreté portuaire [1] est avant tout un texte de lutte contre le narcotrafic. Il découle de la loi du 13 juin 2025 [2] et du décret du 18 juin 2026 [3]. Son objet premier est relatif au contrôle d’accès : badges, véhicules, et protection des personnels dans les ports. Le mot « cyber » n’y occupe que quelques lignes. Mais des lignes qui ont malgré tout leur importance.